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Quel avenir pour les fournisseurs d’énergie ?

Entre faillites et rachats, le secteur de la fourniture européenne connait une concentration sans précédent en 2022. Face à l’incertitude réglementaire et à la volatilité de marché, on pourrait presque sonner le glas des fournisseurs d’énergie indépendants qui se sont multiplié ces dernières années. La crise énergétique mondiale a exposé les vulnérabilités des fournisseurs alternatifs et les déficiences du marché de détail.  

Va-t-on revenir vers un modèle où quelques méga-entreprises intégrées horizontalement se disputent le marché ?  Va-t-on vers autre chose ? Vers quoi va tendre va tendre le marché de détail dans les années à venir ? C’est ce que cet article se propose d’explorer.

 

Le retour à l’oligopole ?

 

Avant 2015, le marché de détail en France, était dominé par les acteurs historiques (EDF, Engie), quelques Utilities étrangères (ENI, E. ON, etc.) et comme notable exception Direct Energie (qui fût ensuite racheté en 2018 par Total). Les premiers fournisseurs alternatifs, appelons les fournisseurs 1.0, ont souvent cherché à développer ou acheter des centrales de production et ainsi s’assurer un approvisionnement « hors-marché », considéré plus sécurisé.

Les fournisseurs indépendants actuels, que nous appellerons les fournisseurs 2.0, se sont construits sur un modèle de développement « start-up ». Ils maitrisent parfaitement les codes de l’acquisition digitale et de l’expérience utilisateur. Leurs offres sont relativement peu différenciées et ils se concurrencent principalement par les prix (réductions par rapport au TRV) avec des innovations sur la forme des offres (offre vertes basées sur les GO, offres spéciales Linky, etc.).

Ils n’opèrent pas ou peu de capacités de production et s’approvisionnent en grande partie sur le marché (+ARENH et dans quelques cas particuliers des PPA renouvelables). Toutefois, malgré l’exposition de leur activité aux marchés de l’électricité, ils ont généralement des compétences limitées dans le trading et la gestion de portefeuille.

La volatilité extrême des marchés en 2021 et 2022, a mis à mal de nombreux fournisseurs 2.0 en Europe, surtout les moins capitalisés. Cela peut laisser penser à un retour en force des acteurs historiques, disposant d’un portefeuille d’actifs large leur permettant de « « lisser » leurs risques et de lignes de crédit importantes. Fort de ces avantages, ceux-ci pourraient acheter leurs concurrents en péril et regagner les parts de marché perdues ces dernières années, à moindre frais.

Mais il parait peu probable que cette tendance continue sur le long-terme. Le système électrique fait face à une transition énergétique et à des problématiques inédites. Certains des actifs de production des acteurs traditionnels sont voués à disparaitre, d’autres risquent de voir leurs revenus s’éroder avec la transformation du système électrique. Si on considère les nouveaux actifs (renouvelables, stockage, etc.), le secteur est fragmenté et il est peu probable que ces nouvelles capacités se concentrent aux mains des quelques acteurs historiques du fait de leur décentralisation.

La demande va aussi profondément muter durant les années à venir sous l’’impulsion de 3 tendances :

  • Électrification de la chaleur : l’abandon du chauffage au gaz naturel et au fioul (abandon turbo-boosté par la crise récente) entraine l’apparition de nouveaux volumes de consommation thermosensible en hiver et parfois en été (PAC réversibles). Ces volumes peuvent aussi être modulés dans les logements bien isolés

  • Électromobilité : le nouvel usage qu'est la recharge des VE est "flexible", il a la capacité de réagir au prix de marché et ne peut pas être prévue comme une consommation fatale.

  • Autoconsommation et batterie individuelle : L’autoconsommation solaire change complétement le profil de consommation et le rend davantage aléatoire. Si la production solaire est combinée à une batterie (stationnaire ou VE en V2H), la notion de profil disparait complètement. Sans contrôle et suivi de la part du fournisseur, les volumes d’électricité soutirée du réseau sont presque imprévisibles.

La prévision et la gestion d’un portefeuille de consommateurs disposant d’un VE, de panneaux solaires et d’une pompe à chaleur n’a plus rien à voir avec celle d’une activité de fourniture actuelle. Dans cet environnement futur, les fournisseurs 1.0 n’ont pas ou peu d’avantages face à des challengers.

A quoi ressemblera le fournisseur 3.0 ?

Posséder/opérer des centrales de production lorsque l’on est fournisseur d’énergie est intéressant car elles permettent d’accéder à des instruments de couverture qui n’existe pas sur les marchés (options exotiques) ou sont illiquides (maturité lointaine, profils, etc.). L’intégration verticale permet une meilleure couverture des risques d’un portefeuille de fourniture.  Mais le développement de sources de production et de flexibilité décentralisées transforme la notion d’intégration verticale.

Si vos clients possèdent des actifs de production/flexibilités et que vous les opérer pour leur compte, vous pouvez obtenir des gains en termes de gestion du risque similaires à l’intégration verticale « classique ». En contrôlant à distance la charge et la décharge d’un ensemble de batteries vous aurez un actif capable de lisser la forme infra-journalière de votre portefeuille en fonction des prix spot ou de réduire vos écarts. On peut donc s’attendre à ce que les fournisseurs capables de valoriser ce type de capacités auront un avantage par rapport à un fournisseur qui ne le fait pas.

Mais la gestion d’actifs décentralisés est très différente de celle des actifs de production classiques.  Vous trouvez difficile la gestion des courbes de charges remontée par les compteurs intelligents (de type Linky) ? Vous n’êtes pas encore sorti de l’auberge : s’il devient vital pour les fournisseurs de suivre et contrôler les usages flexibles cela signifie qu’ils devront acquérir les données (consommation mais aussi production et state-of charge pour les batteries) de ces différents usages, ce qui multiplie le volume de données nécessaires.

Se connecter et contrôler de manière robuste chaque actif n’est pas non plus une sinécure. Ensuite, il faut être capable d’utiliser ces échanges de données dans ses opérations de gestion de portefeuille de manière optimisée et automatique. Le fournisseur 3.0 devra donc pourvoir bénéficier d’une infrastructure technologique incomparablement plus complexe que ses prédécesseurs.

En présence d’actif décentralisés, la consommation soutirée du réseau électrique diminue, cela n’est pas un problème en soi, mais prévoir cette consommation résiduelle le sera et cela constituera un risque non négligeable pour les fournisseurs d’énergie. Il devient en effet difficile de raisonner en termes de profils agrégés comme c’est le cas actuellement.  Imaginez que vos clients sont des auto-consommateurs solaire pourvus de batteries : ils ne consommeront que lorsque l’énergie solaire stockée dans leur batterie sera épuisée. Le fournisseur 3.0 va bien entendu contrôler la batterie afin qu’elle décharge l’énergie solaire durant des heures où les prix de marché seront les plus élevés, toutefois cette optimisation a des limites.

En hiver, alors que l’usage d’électricité est élevé et la production solaire faible, les consommateurs vont soutirer bien d’avantage du réseau et les batteries seront rapidement à sec. Il y a ainsi un risque de voir apparaitre des pics de prix très violents et bien corrélés avec les moments où les consommateurs soutirent du réseau. Fixer un prix en avance pour un portefeuille de fourniture sera de plus en plus risqué et ce risque ne pourra être lissé que sur un nombre limité de MWh.

Cela entraine une approche différente de la couverture, acheter des blocs d’énergie à terme sera une protection peu efficace car la distribution statistique de la consommation soutirée sera de plus en plus volatile. Afin de sécuriser sa marge le fournisseur devra être capable de simuler ces risques et d’adopter une approche assurantielle, collectant des primes de risques et transférant certains de ces risques à d’autres acteurs via des instruments plus complexe que les forwards/futures existants. Le prix proposé in fine au consommateur se composera plus de prime de risque que d’énergie.

La diffusion accélérée de nouveaux équipements et l’appétit de plus en plus important des industriels/fabricants pour les revenus récurrents peut modifier la nature même de la fourniture d’électricité. En effet, personne ne connait mieux les paramètres de contrôle et d’opération d’une batterie de VE que le constructeur du VE en question (surtout si l’on veut continuer à bénéficier de la garantie de ladite batterie). Il possède aussi un accès direct au client au moment où celui-ci se pose des questions sur l’impact du VE sur sa consommation d’électricité (i.e. au moment de l’achat dudit VE). Le constructeur a donc un intérêt à fournir l’électricité utilisée par le VE et optimiser cette utilisation soi-même. Il peut même pousser le processus plus loin et vendre aux consommateurs finaux non plus des kWh mais des km (chaque km pouvant inclure le coût de l‘électricité mais aussi le coût de leasing du véhicule, de l’assurance, etc.).  

Le même raisonnement peut être appliqué aux vendeurs de pompes à chaleur, qui ne vendraient plus un équipement mais de la chaleur, les occupants d’un logement payant X euro/mois pour une température de X°C.

Ces entreprises ne sont plus des fournisseurs d’énergie car ils ne vendent plus directement de l’énergie mais l’usage de cette énergie packagée avec d’autres services. Ils ne seront généralement pas intéressés par la fourniture de l’énergie « résiduelle » qui n’est pas utilisée dans leur équipement de prédilection.

Fournisseurs 3.0 :  besoin d’un nouvel OS

 

Peu de fournisseurs 1.0 ou 2.0 ont la capacité de développer en interne l’infrastructure technologique et financière nécessaire à les transformer en fournisseurs 3.0. Seule une poignée de fournisseurs dans toute l’Europe semble avoir le potentiel de se transformer et de tirer profit des bouleversements du marché dans les années à venir. Les fournisseurs 2.0 sont généralement limités par un manque de fonds (leur capital est généralement absorbé par l’acquisition client) et de compétences (les profils qualifiés que cela soit sur les marchés de l’électricité, la météo, le big data et le Machine Learning sont coûteux et difficile à retenir). Les fournisseurs 1.0 sont limités par leur inertie, due à leur taille et l’existence de systèmes/investissements historiques qui sont autant de coûts échoués.

Il semble aussi peu probable que chaque nouvel entrant soit en mesure de dupliquer cette infrastructure complexe. Après tout, et cela est corroboré par plusieurs expériences malheureuses, devenir fournisseurs 2.0 n’est déjà pas donné à tout le monde. Si l’on ajoute les complexités technologiques nécessaires au développement de l’activité du fournisseur 3.0 cela devient un fossé presque insurmontable. Comment concilier ce besoin d’une infrastructure technologique importante et le développement d’offres, parfois de niche, à haute valeur ajouté pour le consommateur ?  

Comment aussi permettre la construction d’offres Heat-as-a-service, Vehicule-as-a-service, Battery -as-a-service et autre offre connectée à un usage/équipement en particulier ?

C’est là que nous voulons jouer un rôle. Vous savez peut-être qu’Augmented Energy est responsable d’équilibre. Vous savez aussi peut-être qu’Augmented Energy propose des applications et des services aux fournisseurs, aux producteurs et aux opérateurs de stockage. Est-ce qu’Augmented Energy s’éparpille dans ces multiples activités ? Non, chacune des solutions que nous développons et commercialisons actuellement est une brique vers la création d’un nouvel OS pour l’émergence de fournisseurs 3.0.

Augmented Energy n’est pas un fournisseur mais un facilitateur pour les entreprises qui souhaitent construire une activité de fourniture 3.0. Notre objectif est de limiter l’investissement préalable et le temps de lancement de tels projets. Nous développons un écosystème où les fournisseurs pourront intégrer tous types d’actifs décentralisés, valoriser et optimiser leur flexibilité et développer des offres réellement différenciantes pour leurs clients, tout cela en sécurisant leur marge.  

Nous travaillons ainsi à la naissance d’une solution holistique rendant possible la création des offres « as-a-service », qui changerons véritablement le paysage de la fourniture d’électricité en Europe et contribuerons à accélérer l’électrification de l’ensemble du système énergétique.

 

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Vision de l'écosystème "Electrify" développé par Augmented Energy


 

Si vous aussi vous souhaitez participer à la naissance de fournisseurs d’énergie 3.0, n’hésitez pas à me contacter : alexis.gleron@augmented-energy.com